ANALYSE. Bovaer, un additif nutritionnel incorporé quotidiennement dans la ration des vaches, permet de réduire de 30 %, en moyenne, les émissions de méthane issues du rumen. Résultat : un levier particulièrement efficace pour diminuer l’empreinte carbone du lait. Mais quel est son impact sur le revenu des exploitations laitières ? Car au-delà de l’enjeu environnemental, c’est bien la rentabilité qui conditionnera son adoption sur le terrain.
Bovaer est un additif nutritionnel qui s’incorpore quotidiennement dans la ration des vaches via un concentré ou le minéral. Il agit sur les fermentations ruminales en réduisant l’activité d’une enzyme clé de la méthanogenèse. Résultat : une réduction des émissions de méthane de 30 % en moyenne, selon la ration et les conditions d’utilisation, sans impact significatif sur les performances laitières. L’efficacité du produit a été démontrée dans de nombreux travaux scientifiques depuis plus de dix ans, avec plus de 110 essais conduits en conditions d’élevage à travers le monde. Comparé à d’autres solutions nutritionnelles, comme les nitrates ou certaines algues rouges, Bovaer se distingue à la fois par une efficacité plus élevée et par l’absence d’effet négatif sur la production laitière. Un point important : cette efficacité a été mesurée directement dans des dispositifs expérimentaux (chambre respiratoire), et non simplement estimée à partir de modèles, ce qui renforce la robustesse des résultats. Un positionnement qui explique son déploiement progressif en Europe et son intégration dans les démarches bas carbone de plusieurs laiteries en France.
Performances zootechniques préservées
« Est-ce que l’absence d’effet négatif sur la production laitière est garantie ? » « Est-ce certain que la qualité de mon lait sera préservée ? ». Ces questions reviennent régulièrement chez les éleveurs laitiers français lorsque Bovaer leur est présenté.
Pour y répondre, une analyse spécifique a été menée à partir d’essais conduits avec des rations riches en fourrages (> 60 %), proches des conditions françaises. Elle s’appuie sur une méta-analyse publiée en 2025 par Martins et al. (Université de Pennsylvanie), en ne retenant que les essais menés avec des rations riches en fourrages, représentatives des conditions françaises.
Les résultats sont rassurants. Ils mettent en évidence une très légère baisse du volume de lait (-0,73 % en moyenne), mais une augmentation de la composition, avec une hausse du taux butyreux (+0,74 %) et protéique (+1 %). En conséquence, la production laitière corrigée n’est pas pénalisée. Dans le même temps, l’ingestion diminue légèrement (-1,74 %), ce qui se traduit par une amélioration de l’efficacité alimentaire (+0,84 %).
Au final, l’utilisation de Bovaer ne dégrade pas les performances zootechniques : la légère baisse de production est compensée par une amélioration des taux, ce qui permet de maintenir un niveau de production corrigée globalement stable.
Une rentabilité dépendante des primes laiteries
« Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Il faut un retour sur investissement significatif pour l’utiliser ». Dans les élevages, la question économique s’impose immédiatement lorsqu’il est question de Bovaer.
Si les performances zootechniques sont globalement préservées, la question centrale reste celle du revenu. Car Bovaer représente un coût estimé à 0,26 €/VL/j (pour une ration de 22 kg MS/VL/j), qui ne peut pas être compensé par les seuls effets zootechniques : amélioration des taux et de l’efficacité alimentaire. La rentabilité de Bovaer ne peut pas venir de la production elle-même.
83 % des éleveurs adopteraient Bovaer si une prime couvre son coût et génère un gain
Le modèle économique repose donc sur un soutien de certaines laiteries fortement engagées dans la réduction de l’empreinte carbone du lait. Concrètement, le coût de Bovaer est pris en charge, auquel s’ajoute une prime incitative liée à la réduction de l’empreinte carbone du lait.
Ce mécanisme de prime ne doit rien au hasard. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de décarbonation de la filière laitière française qui s’était fixé un objectif de réduction de l’empreinte carbone du lait sortie usine de l’ordre de 17 % entre 2016 et 2025, avec une trajectoire qui se prolonge à plus long terme.
Or, l’essentiel des émissions se situe au niveau des élevages, qui concentrent près de 85 % de l’empreinte carbone du lait. C’est donc au niveau du troupeau que se joue une grande partie de la réduction des émissions, ce qui explique pourquoi les laiteries incitent financièrement les éleveurs à activer des leviers comme Bovaer. Ce soutien s’inscrit dans une approche plus globale : il vient compléter les efforts déjà engagés dans les élevages pour améliorer les conduites (diminuer l’âge au premier vêlage, par exemple) gagner en efficacité (alimentaire, fertilisation) et renforcer les puits de carbone, à travers les haies ou les prairies de longue durée.
Les laiteries qui soutiennent financièrement l’utilisation de Bovaer n’imposent pas son utilisation : l’adhésion repose sur le volontariat des éleveurs, dans une logique d’accompagnement.

Des niveaux de prime variables… mais toujours un gain à la clé
Concrètement, ces laiteries couvrent toujours le coût d’achat de Bovaer auquel s’ajoute une prime à la décarbonation du lait qui varie entre 1,5 € et 5,6 € par 1000 litres de lait selon les entreprises.
Pour mesurer l’impact réel de ces dispositifs d’incitation sur le revenu des élevages, des simulations économiques ont été réalisées à partir de l’exploitation « moyenne » française de 70 vaches laitières, produisant 30 litres de lait par vache et par jour, avec un lait à 34 g/l de TP et 42 g/l de TB. Le prix du lait retenu est de 492,4 €/1000 litres, intégrant la valorisation de la composition (470€ / 1000 litres standards – référence moyenne France 2025).
Dans l’étude économique, quatre scénarios de prime ont été retenus : le premier avec seulement une couverture du coût de Bovaer sans prime additionnelle et les trois autres avec une prime additionnelle : 1,5 € / 1000 litres ; 2 € / 1000 litres ou 5,6 € / 1000 litres.
Les simulations prennent en compte à la fois les effets zootechniques observés (très légère baisse de production laitière, amélioration des taux et de l’efficacité alimentaire) et les conditions économiques de 2025.
Tableau 1 : l’impact sur le revenu selon les différents niveaux de prime.
| Niveau de prime laiterie (en € / 1000 l) en plus du remboursement du coût de Bovaer | Gain / VL / jour (€) | Gain / 1000 L (€) |
| 0 € (coût compensé uniquement, sans prime additionnelle) | +0,06 € | +2,85 € |
| 1,5 € (en plus du coût compensé). | +0,11 € | +4,35 € |
| 2,0 € | +0,12 € | +4,85 € |
| 5,6 € | +0,23 € | +8,45 € |
Avant d’intégrer l’effet des primes, il est intéressant d’isoler l’impact économique des seules évolutions zootechniques. En lien avec les résultats observés dans les essais, la légère baisse de production laitière, presque neutralisée par l’amélioration de la composition du lait, se traduit par une diminution du produit lait de 0,02 €/VL/j (14,77 €/VL/j contre 14,75 €/VL/j). Dans le même temps, la baisse d’ingestion améliore l’efficacité alimentaire, avec un gain estimé à +0,08 €/VL/j. Au final, les seuls effets zootechniques génèrent un léger bénéfice, de l’ordre de +0,06 €/VL/j.
Ce qui veut dire que, même avec une stricte compensation du coût de Bovaer par les laiteries (sans prime additionnelle), le bilan économique reste légèrement positif pour l’éleveur. Dans ce scénario, l’éleveur ne prend pas de risque économique. Lorsque l’on intègre les différents niveaux de prime, l’impact économique devient nettement plus significatif (voir le tableau 1). Selon les scénarios étudiés, le gain net par vache et par jour atteint +0,11 €/VL/j avec une prime de 1,5 €/1000 L, et jusqu’à +0,23 €/VL/j lorsque la prime atteint 5,6 €/1000 L.
Exprimés par 1000 litres de lait, le gain économique s’établit à +4,35 €/1000 litres avec une prime de 1,5 €, et jusqu’à +8,45 €/1000 litres avec une prime de 5,6 €.
Au final, ces résultats montrent que la rentabilité du produit est assurée dans tous les scénarios étudiés, avec un effet amplifié à mesure que la prime augmente. L’adoption de Bovaer, dès lors que son coût est pris en charge par les laiteries, n’entraîne aucune perte financière pour l’éleveur et génère un bénéfice supplémentaire dès qu’une prime est associée. Ce qui est le cas pour toutes les laiteries qui incitent financièrement à son utilisation.
