Florian Oudot, l’un des deux associés du Gaec des Amarrons. De 2023 au début de 2026, il a testé Bovaer dans son élevage laitier. Efficacité sur le méthane, simplicité d’utilisation et aucun impact sur les performances zootechniques.

Bovaer au GAEC des Amarons :

« Réduire efficacement le méthane sans rien changer à notre façon de travailler »

REPORTAGE – À 28 ans, Florian Oudot modernise l’exploitation familiale tout en anticipant les évolutions de son métier. Engagé dans une démarche de réduction de l’empreinte carbone, il a participé pendant deux ans à un essai sur l’utilisation de Bovaer®. Résultat : une baisse significative des émissions de méthane, sans impact sur les performances techniques.

« Mon grand-père exploitait déjà la ferme » raconte Florian Oudot, associé avec son père au GAEC des Amarons, en Haute-Marne. Les productions agricoles dominantes dans le département sont les grandes cultures et l’élevage de bovins viande. Mais, le jeune éleveur reste attaché à la production laitière. « Je suis un passionné d’élevage et je veux continuer à produire du lait ». Installé depuis 2021, il a accompagné une véritable modernisation de l’exploitation. Jusqu’alors, son père trayait 45 vaches en étable entravée pour une production annuelle de 290 000 litres de lait.À l’arrivée de Florian, un nouveau bâtiment en logettes sur caillebotis est construit pour accueillir 70 vaches et porter la référence laitière à 600 000 litres. « Nous sommes passés de la traite à l’attache à la traite robotisée, sans passer par la salle de traite » sourit l’éleveur.

Si les équipements ont profondément évolué, Florian reste en revanche fidèle au troupeau Simmental sélectionné par son père. « Il a beaucoup travaillé la génétique pour trouver un bon compromis entre production laitière et taux » souligne-t-il. Une sélection régulièrement mise en valeur sur les concours agricoles.

À 28 ans, Florian se projette déjà dans les évolutions de son métier. « Le bilan carbone, on ne pourra pas passer à côté. Je vois venir le moment où les aides PAC seront conditionnées à nos émissions. Il faut s’y préparer », estime-t-il. Dans cette logique d’anticipation, il engage dès 2023 une démarche d’amélioration du bilan carbone de l’exploitation.

Il commence par réaliser un audit Cap’2ER avec sa fromagerie. « L’objectif est de définir des leviers d’amélioration sur les cinq années à venir, puis de refaire un diagnostic en 2028 pour mesurer les progrès », explique l’éleveur haut-marnais. Avec 0,9 kg équivalent CO₂ par litre de lait corrigé, l’exploitation se situe dans la moyenne des élevages de la fromagerie.

Plusieurs leviers d’amélioration sont identifiés. Le premier consiste à augmenter la productivité laitière des vaches : plus une vache produit, plus les émissions de méthane sont diluées par litre de lait. Un levier déjà activé avec succès. Grâce au nouveau bâtiment et à une conduite d’élevage optimisée — ration mélangée à l’auge, concentrés distribués au robot et 2,5 traites par jour — la production est progressivement passée de 22 à 28 kg de lait par vache et par jour en quatre ans.

Deuxième axe, diminuer le renouvellement du troupeau. Pour y parvenir, l’éleveur s’appuie sur deux leviers : réduire l’âge au premier vêlage des génisses et allonger la carrière des vaches. « Pour nos Simmental, nous sommes déjà passés de 33 à 31 mois d’âge au premier vêlage, et nous cherchons encore à gagner quelques mois » précise-t-il. En revanche, la baisse du taux de renouvellement s’avère plus délicate à mettre en œuvre. L’installation dans le nouveau bâtiment, associée à l’achat de vaches pour atteindre rapidement la référence laitière, s’est accompagnée d’une vague de boiteries et donc de réformes. « Heureusement que nous avions suffisamment de génisses pour y faire face », souligne Florian.

Enfin, un dernier levier porte sur l’herbe. « Nous exploitons 140 hectares de surfaces en herbe, dont 130 hectares de prairies naturelles, mais elles manquent de productivité et de qualité » explique Florian. « Nous avons donc introduit 10 hectares de prairies temporaires — ray-grass, luzerne et mélanges  — dans la rotation des cultures. »

Pour aller plus loin, Savencia Ressources laitières, à laquelle il livre son lait, a souhaité explorer de nouveaux leviers en agissant directement sur l’alimentation des vaches. Parmi les solutions reconnues pour leur effet sur les émissions de méthane, la supplémentation en Bovaer a ainsi été testée dans dix élevages volontaires, collectés par la laiterie.

Florian a choisi d’intégrer le groupe testant cette solution. « Je souhaitais tester une solution pour être prêt le jour J où il faudra accélérer dans la réduction de nos émissions de méthane », explique-t-il.

Fiche descriptive de l’élevage :

GAEC des Amarons, Rivières-Le-Bois (Haute-Marne, 52)

Les dix fermes du groupe Bovaer élevaient, en moyenne 94 vaches laitières qui produisaient un peu moins de 30 kg de lait/VL/j. La ration fourragère hivernale était composée à 44 % d’ensilage de maïs et à 30 % d’herbe conservée, complétée par 5,2 kg / VL / j de concentrés (1,7 kg de concentré azoté et 3,5 kg de concentré énergétique).

L’essai a été conduit sur deux années complètes, en 2023 et 2024. Au Gaec des Amarons, l’expérience se prolonge même au-delà du protocole initial, avec une utilisation volontaire du Bovaer jusqu’au début de l’année 2026.

Le dispositif repose sur une alternance régulière de périodes avec et sans complémentation en Bovaer. Concrètement, des séquences de 1,5 mois avec Bovaer sont suivies de phases de même durée sans apport. Objectif : comparer, à conditions équivalentes, le comportement et les performances des vaches.

Le dispositif est maintenu toute l’année, y compris quand les vaches pâturent. Ce qui est le cas au GAEC des Amarons. Dans l’exploitation, les vaches ont un accès permanent à l’auge pendant le pâturage, ce qui garantit un apport, même partiel, de Bovaer qui est incorporé dans le minéral. Dans les dix élevages du groupe Bovaer, les vaches en lactation pâturaient, en moyenne, autour de 2 kg MS /VL/j d’herbe de mars à novembre.

Côté pratique, la distribution de Bovaer est simple : l’additif est directement incorporé par le fabricant dans le minéral utilisé habituellement sur l’exploitation. « Cela ne nous a demandé aucune manipulation supplémentaire », souligne Florian. Le minéral est ensuite distribué via la ration mélangée à l’auge.

Tout au long de l’essai, de nombreuses données sont collectées. Les émissions de méthane sont évaluées selon deux approches complémentaires : une estimation indirecte, basée sur la composition du lait1 , et une mesure directe grâce à un laser de détection de méthane 2pointé sur le mufle des animaux.

En parallèle, des analyses de lait permettent d’étudier sa composition et son aptitude à la transformation fromagère. Des observations de terrain complètent le dispositif, avec le suivi de l’ingestion, de la production laitière et de plusieurs indicateurs sanitaires (état corporel, mammites, boiteries, fertilité).

L’essai confirme l’efficacité de Bovaer sur les émissions de méthane. Celles-ci passent d’environ 500 g par vache et par jour sans complémentation à moins de 350 g avec Bovaer, soit une réduction moyenne de 31 %, comprise entre -25 % et -38 % selon les élevages. Rapportée au litre de lait corrigé, cette baisse se traduit par une amélioration de l’empreinte carbone de l’ordre de 0,33 à 0,36 kg équivalent CO₂ par litre.

Sur le plan technique, Florian n’a observé aucune modification notable, que ce soit sur la production laitière, la composition du lait, le comportement alimentaire ou les paramètres sanitaires. Les résultats obtenus dans les dix élevages du groupe Bovaer confirment ces observations. La production laitière reste stable, autour de 28,9 kg/VL/j en 2023 et 30,1 kg/VL/j en 2024, sans différence entre les périodes avec ou sans complémentation.

Même constat du côté de l’ingestion, qui se maintient autour de 23 kg de matière sèche par jour. Quant aux indicateurs de santé, aucun effet particulier — positif ou négatif — n’a été mis en évidence par les éleveurs participants.

À noter qu’un essai similaire a été conduit simultanément par le même groupe fromager dans sept élevages polonais, avec les mêmes conclusions : une réduction des émissions de méthane de 38 %, sans effet sur les performances zootechniques.

Au terme de l’essai, Florian Oudot retient, en premier lieu, la simplicité de mise en œuvre. « Bovaer ne change absolument rien à ma façon de travailler. Il n’y a aucune contrainte supplémentaire » souligne-t-il. Mais l’éleveur reste lucide sur la question économique. En l’absence d’effet sur la production ou la valorisation du lait, le coût du produit — 26 ctes € pour une ingestion de 22 kg MS — ne peut pas être compensé à l’échelle de son exploitation. « Pour poursuivre son utilisation, il faut que ce soit un jeu à somme nulle pour moi. Mes marges ne me permettent pas de le financer » estime-t-il.  Notons qu’un modèle économique existe déjà dans certaines filières européennes. En France, mais aussi aux Pays-Bas, certaines laiteries prennent en charge le coût du Bovaer et rémunèrent son utilisation via une prime carbone intégrée à la paie du lait.

Au final, le jeune éleveur y voit une solution prête à être mobilisée. « Bovaer est efficace pour réduire le méthane, simple à utiliser et sans changer notre système » résume-t-il. De quoi se projeter : « Si demain on me demande d’aller plus loin sur le carbone, notamment pour accéder à certaines aides, je sais que j’ai une solution. Je ne serai pas pris au dépourvu ».

  1. Des équations de prédiction, issues notamment des travaux de l’INRAE, permettent de faire le lien entre le profil en acides gras du lait, les fermentations dans le rumen et, au final, les émissions de méthane. ↩︎
  2. Adaptée et validée en conditions d’élevage par l’IDELE, cette méthode consiste à mesurer le méthane présent dans l’air expiré, afin d’en déduire le niveau d’émissions des animaux. ↩︎