Paul Revet de Phibro Animal Health.

Investir dans un additif : comment bien évaluer son intérêt économique en élevage ?

Les effets des compléments nutritionnels sont rarement les mêmes d’un élevage à l’autre : gain de lait, amélioration sanitaire, reproduction… ou parfois aucun résultat. Dans ces conditions, difficile de s’appuyer sur des moyennes pour juger de leur rentabilité dans votre élevage.

Alors, comment trancher ? Une étude menée en 2024 par Leticia Casarotto Trevisan (Université de Floride) propose une nouvelle approche : intégrer le risque dans la décision économique. Explications avec Paul Revet de Phibro Animal Health, entreprise qui l’a appliquée à OmniGen.

Paul Revet (Phibro Animal Health, PAH) : Au cours du cycle de lactation, les vaches laitières sont soumises à différents stress : stress du vêlage, sociaux, thermique, … Ces derniers peuvent affaiblir leur système immunitaire et les rendre plus sensibles aux maladies. OmniGen est un complément à action immunomodulatrice : il vise justement à soutenir les défenses naturelles des animaux pendant ces périodes à risque. Son intérêt est d’aider la vache à mieux résister face aux infections. Cet effet sur le système immunitaire a été démontré dans plusieurs études contrôlées. Au final, une vache en meilleure santé, c’est généralement moins de problèmes sanitaires, mais aussi de meilleures performances en production laitière et en reproduction.

PAH : Le premier point, c’est que l’utilisation d’OmniGen repose sur des bases solides. Il faut d’abord que les fondamentaux soient en place : une ration équilibrée, une complémentation minérale et vitaminique adaptée, et de bonnes conditions d’élevage. OmniGen est un modulateur de l’immunité : il ne corrige pas des erreurs de ration, de confort ou de conduite du troupeau.

Son rôle, c’est d’aider les vaches à mieux faire face aux périodes de stress qui affaiblissent leurs défenses immunitaires. On pense notamment à des moments clés comme le vêlage, les transitions alimentaires (changement de silo), les changements de lots, ou encore les périodes de stress thermique.

L’utilisation à l’année n’est donc pas forcément pertinente dans tous les élevages. Il faut avant tout identifier une problématique : des baisses de performances en santé, en reproduction ou en production liées à des épisodes de stress, que l’éleveur ne parvient pas à maîtriser uniquement par la conduite du troupeau. Un exemple bien documenté est le stress thermique : l’intérêt d’OmniGen dans ces conditions a été largement démontré, à la fois sur la production et la reproduction. Les résultats sont comparables à ceux obtenus avec des systèmes de ventilation, et viennent en complément lorsque l’élevage est déjà équipé.

PAH : L’attente première d’un éleveur vis-à-vis d’un produit nutritionnel est souvent un gain de lait. Mais, en réalité, ce n’est pas toujours là que se situe le principal levier économique. Les effets les plus marquants concernent la santé et la reproduction, qui sont souvent plus déterminants pour la rentabilité.

Lorsqu’OmniGen est utilisé à bon escient, pour une problématique identifiée, on observe généralement une réduction des problèmes de santé de l’ordre de 15 à 20 %. Cela se traduit concrètement par moins de mammites, des taux cellulaires plus maîtrisés, et une meilleure réponse aux traitements. Les troubles métaboliques autour du vêlage, comme les déplacements de caillette, sont également réduits.

Sur la reproduction, l’effet est particulièrement visible en période de stress thermique. Classiquement, après un été chaud, on observe un “creux” de vêlages au printemps, lié à des difficultés de reproduction pendant les chaleurs estivales. Cet effet est nettement atténué dans les élevages qui utilisent OmniGen pour accompagner les vaches pendant ces périodes. Au final, ce sont ces effets combinés sur la santé et la reproduction qui expliquent l’essentiel du retour économique.

En intégrant les effets d’OmniGen sur la reproduction dans le calcul de la rentabilité, le principal risque n’est plus d’investir, mais de ne pas investir.

PAH : Sur le terrain, les éleveurs se posent toujours la même question : “Est-ce que ça va marcher chez moi ? Est-ce que ça va être rentable dans mon élevage ?” Et c’est une très bonne question… parce que la réponse n’est jamais totalement prévisible. En production laitière, les réponses des animaux — que ce soit sur le lait, la santé ou la reproduction — varient fortement d’un élevage à l’autre, en fonction de la génétique, de la conduite du troupeau ou encore de l’environnement.

Aujourd’hui, on raisonne souvent l’intérêt économique d’un produit à partir d’un seuil de rentabilité basé sur des moyennes issues d’essais : “en moyenne, le produit génère 0,50 € de retour sur investissement par vache et par jour.” Cette approche a l’avantage d’être simple, mais elle revient à considérer que ce résultat moyen s’appliquera partout… ce qui est rarement le cas en élevage.

C’est ce constat qui nous a poussés à proposer une autre manière de raisonner.

PAH : Elle repose sur une idée très simple : à chaque décision, il existe toujours un risque de se tromper… et même deux.

Premier risque : investir alors que la rentabilité ne sera pas au rendez-vous.C’est celui auquel on pense le plus souvent.

Mais il en existe un second, souvent sous-estimé : ne pas investir… alors que cela aurait été rentable.Et celui-ci peut parfois coûter encore plus cher.

L’intérêt de la méthode est donc de chiffrer ces deux risques, afin d’éclairer la décision.

PAH : Ce travail a été réalisé par l’équipe de Leticia Casarotto Trevisan, de l’Université de Floride, en s’appuyant à la fois sur des données expérimentales et des données de terrain.

D’un côté, un essai contrôlé mené dans une exploitation laitière de plus de 1 300 vaches, comparant des animaux supplémentés ou non en OmniGen, du tarissement jusqu’à 150 jours de lactation, avec un suivi de la production, de la santé et de la reproduction.

De l’autre, des données de terrain collectées sur 12 ans dans 1 110 élevages laitiers américains où OmniGen était utilisé. Ces élevages présentaient des systèmes de conduite, des bâtiments et des pratiques alimentaires très variés, ce qui permet de couvrir une large diversité de situations rencontrées en production laitière.

PAH : L’idée était de reconstituer le plus fidèlement possible l’impact économique global, en intégrant trois postes principaux : la santé, la reproduction et le lait.

Pour la santé, les chercheurs se sont appuyés sur des références économiques existantes, qui intègrent l’ensemble des coûts liés aux maladies : frais vétérinaires, pertes de lait, réforme ou encore mortalité.

Pour la reproduction, c’est le coût des jours supplémentaires entre vêlages (IVV) qui a été valorisé.

Enfin, pour le lait, le raisonnement a été fait en marge sur coût alimentaire (MCA) : les écarts de production ont été multipliés par cette marge pour estimer le gain économique. Pour tenir compte de la volatilité des prix agricoles, les chercheurs ont également testé plusieurs scénarios économiques. Trois niveaux de marge sur coût alimentaire (MCA) ont été retenus : bas, intermédiaire et haut.

Les références économiques utilisées dans l’étude sont américaines et sous-estiment globalement les coûts par rapport aux conditions françaises. Par exemple, le coût d’une mammite y est évalué à 93 €, alors qu’en France, le référentiel se situe plutôt autour de 200 €.

L’idée clé, c’est de ne plus raisonner uniquement avec une moyenne, mais de prendre en compte la variabilité des réponses.

PAH : L’idée clé, c’est de ne plus raisonner uniquement avec une moyenne, mais de prendre en compte la variabilité des réponses. Dans les élevages, toutes les vaches ne réagissent pas de la même manière à l’OmniGen. La méthode intègre donc cette dispersion des résultats, et pas une simple valeur moyenne.

Ensuite, nous avons observé les différents types de réponses possibles au produit. Il peut agir uniquement sur la production laitière, mais aussi sur la santé, sur la reproduction, ou sur plusieurs de ces paramètres à la fois.

L’analyse consiste donc à recalculer la rentabilité dans chacun de ces cas, en tenant compte à la fois de la variabilité des réponses et de différents contextes économiques via les trois scénarios de marge sur coût alimentaire.

PAH : Si l’on raisonne uniquement sur la production laitière, l’augmentation de lait nécessaire pour couvrir le coût d’OmniGen est d’au moins 0,45 kg par vache et par jour. Comme, la réponse moyenne observée dans les essais est de l’ordre de 0,70 kg, dans de nombreux cas le produit couvre son coût.

Il existe néanmoins un risque de ne pas atteindre ce niveau de production et donc de ne pas rentabiliser l’investissement. Mais, ce risque reste limité, avec un coût estimé à environ 2,60 € par vache sur 90 jours. En revanche, le manque à gagner en cas de non-utilisation du produit est nettement plus élevé : il est environ quatre fois supérieur. Autrement dit, même dans ce scénario “lait seul”, le risque économique le plus important n’est pas d’investir à perte, mais plutôt de passer à côté d’un gain.

Lorsque l’on intègre à la fois la production laitière et la santé, la situation devient plus favorable. L’augmentation de production nécessaire pour couvrir le coût de la supplémentation n’est plus que de 0,19 kg par vache et par jour, grâce à la baisse des coûts sanitaires (mammites, troubles métaboliques…). Autrement dit, il suffit d’un gain de lait beaucoup plus faible pour rentabiliser le produit.

Dans ce cas, le risque de ne pas couvrir son coût diminue fortement : il devient très faible, de l’ordre de 0,50 € par vache sur 90 jours. En revanche, le manque à gagner en cas de non-utilisation reste élevé, autour de 15 € par vache sur 90 jours. On voit donc que lorsque le produit a des effets sur la santé, cela sécurise l’investissement, tout en renforçant son intérêt économique.

PAH : Là, on change clairement de dimension. Lorsque l’on prend en compte la reproduction, l’équilibre économique est profondément modifié. Grâce à la réduction de l’IVV (Intervalle entre vêlages), OmniGen devient rentable, même sans augmentation de la production laitière : il faudrait, même, une baisse de production de -0,6 à -0,8 kg de lait /VL/j pour que le produit ne soit plus rentable — ce qui est très peu probable en pratique.

Dans cette situation, le risque d’investir à perte disparaît complètement. En revanche, le manque à gagner en cas de non-utilisation devient très important, pouvant atteindre plus de 45 € par vache sur 90 jours. Le raisonnement s’inverse donc totalement : le principal risque n’est plus d’investir, mais de ne pas investir.

PAH : Le premier message, c’est qu’il ne faut pas raisonner uniquement à partir d’un résultat moyen ou d’un seuil de rentabilité. En élevage, les réponses sont variables, et cette diversité doit être intégrée dans la décision.

L’intérêt de cette nouvelle approche de la rentabilité, c’est justement de mettre des chiffres sur les deux risques : celui d’investir à tort, et également celui de ne pas investir alors que cela aurait été rentable. Et c’est un point essentiel : dans le cas d’OmniGen, nos résultats montrent que le risque de ne pas investir peut-être supérieur à celui d’investir à perte.

Au final, il ne s’agit plus seulement de se demander “est-ce que ça paye ?”, mais plutôt : “quel risque économique je prends en investissant… et celui que je prends en ne faisant rien ?”